Table citoyenne et tirage au sort

Le Directeur Général des Élections du Québec (DGEQ) a récemment lancé un projet de Table citoyenne. Cette table aurait le rôle d’être « relais entre la population québécoise » et cette institution. L’idée semble être de faire de cette table une sorte de focus group, un groupe de discussion permettant de contribuer à la réflexion du DGEQ. Sur son site, il est écrit :

En tant que membre de la Table citoyenne, vous […] nous donnerez votre opinion, de façon impartiale et non partisane, sur des questions qui concernent l’organisation des élections et sur divers enjeux touchant à nos domaines d’activités, et ce, dans l’intérêt de la population québécoise. Plus spécifiquement, vous contribuerez à alimenter notre réflexion en nous fournissant des avis et des suggestions sur des sujets tels que l’exercice du vote, le financement politique et les moyens pour augmenter la participation électorale.

L’idée est intéressante et semble avoir été fait dans une perspective de transparence et de participation aux débats publics. L’énoncé de l’engagement est clair et résiste assez bien à mon cynisme:

Nous nous engageons à prendre en considération les avis fournis par la Table. Nous les rendrons publics sur notre site Web par l’entremise de procès-verbaux rédigés en assurant l’anonymat des propos. Chaque année, nous rendrons compte des travaux de la Table citoyenne dans notre rapport annuel de gestion. Ce rapport sera déposé à l’Assemblée nationale du Québec.

Je ne veux pas être trop critique de l’initiative, car elle me semble louable et bienvenue dans le contexte actuel. Cependant, j’aimerais utiliser la création de ce groupe pour faire une petite observation concernant les méthodes de sélection des participants et tisser un lien avec le tirage au sort.

Dans le cas de cette Table citoyenne, le processus de sélection est assez standard et « démocratique » au sens où « la diversité des candidatures sera également prise en compte afin de favoriser, autant que faire se peut […] ». Les critères de sélection sont transparents et ils espèrent pouvoir avoir une représentation à la fois paritaire, régionale, culturelle, socioprofessionnelle, etc. Tout cela est bienvenu. Néanmoins, peu d’information est disponible sur ce qui suit cette étape. Qui seront celles et ceux qui feront le choix? Qu’est-ce qui guidera leurs choix une fois passé le filtre de la diversité, de la représentativité, etc.? Autrement dit, qu’est-ce qu’on attend des candidats en plus de ces caractéristiques?

À cette question, il semble n’y avoir que peu de réponses. Les caractéristiques recherchées sont vagues. On parle de motivation, de capacité à s’exprimer en français. On peut imaginer qu’en dehors de ça et des critères évoqués plus haut, les gens mandatés à faire la sélection auront une grande latitude. La présentation de la Table citoyenne laisse entendre que l’idée fondamentale de cette initiative est de donner la voix aux citoyens et aux citoyennes. On veut les entendre en tant qu’ils sont citoyens et participent à la démocratie et non en tant qu’expert ou en tant que militant ou politiciens. Si, c’est bien ça qui guide le choix, il me semble qu’un comité de sélection qui fait un choix selon une matrice de critères n’est pas nécessaire. Qu’est-ce qui distingue une citoyenne d’une autre? Pourquoi en choisir une plus que l’autre si c’est elle en tant que citoyenne que nous cherchons? Pourquoi est-ce qu’il est explicitement avoué que ces critères ne seront pas respectés rigoureusement, mais « autant que faire se peut » ?

En bon philosophe républicain, je vois apparaître dans cet discrétion laissé dans le choix un problème d’arbitraire. Comment serait-il possible de s’attaquer à ce problème? En remplaçant l’arbitraire de la sélection par un processus neutre basé sur le hasard. Il y aurait donc le même premier filtre, celui des critères d’âge, de diversité, de représentativité socioprofessionnelle, etc. Il serait même possible de bonifier cette liste si cela était nécessaire. Ensuite, il ne suffirait que tirer au sort entre les candidatures reçues qui passent le filtre des critères pour avoir des citoyens. En plus d’être plus neutre, ce processus serait plus démocratique et permettrait de lutter contre les potentiels biais que pourraient avoir celles et ceux qui vont faire la sélection.

Cela dit, si vous voulez plus d’information ou si vous voulez poser votre candidature, voici le lien : http://www.electionsquebec.qc.ca/table/fr/

Pour quelques petites lectures sur le tirage au sort, voici quelques pistes :