Technologies civiques

Un slogan est populaire dans les milieux des technologies civiques (civic tech). Sa plus belle formulation vient d’une présentation de Pia Mancini lors de son passage aux conférences TED.

« Nous sommes des citoyens du 21ème siècle, faisant de notre mieux pour interagir avec des institutions conçues au 19ème siècle et basées sur des techniques d’information du 15ème siècle. »

Le message est clair et résonne pour celles et ceux qui voient les technologies se développer et les pratiques démocratiques stagner. C’est l’idée qui pousse des initiatives comme DemocracyOS, Democracy.earth et Loomio. L’idée est de développer des technologies pour redonner une voix aux citoyens dans leurs communautés, de leur redonner le contrôle. Ce n’est pas simplement d’ouvrir les données des gouvernements, mais c’est de moderniser les processus démocratiques pour distribuer le pouvoir. Autrement dit, c’est d’aller plus loin que les agrégateurs de « like » et d’évaluation en offrant des outils de délibération en offrant des outils de rédaction de plateforme politique, d’échange délibératif tourné vers la prise de décision concrète, etc.

Le défi auquel s’attaquent ces technologies est de taille, car il implique de nombreuses questions théoriques épineuses : doit-on donner un pouvoir égal à tous où le distribuer selon certains critères? Doit-on favoriser la délégation, la représentation ou la démocratie directe? Comment peut-on favoriser la délibération dans le contexte des discussions en ligne? Ce sont des questions qui sont fondamentales qui ne sont pas encore réglées sur le plan politique actuel et qui reviennent dans l’aménagement de ses outils informatiques. En fait, de nombreuses questions que nous avons encore aujourd’hui sur la démocratie peuvent être posées aux solutions que proposent ces outils technologiques. En fait, en plus des questions traditionnelles concernant la démocratie, de nouvelles questions liées à l’engagement par le web se mélangent à ce lot. Pensons au problème du Slacktivisme c’est-à-dire à l’engagement militant virtuel qui ne se fait que paresseusement derrière la sécurité de son écran et qui est en fait désengagé de sa communauté. Néanmoins, il est indubitable que ces innovations doivent être étudiées, développées et testées pour voir si les effets escomptés se réalisent bel et bien.

C’est pourquoi je défends l’idée qu’il est important d’expérimenter à différents niveaux avec ces outils. Non seulement attendre que l’État prenne le pas et par lui-même décide d’ouvrir son processus démocratique. Il faut plutôt multiplier les occasions d’expérimenter avec ses outils à d’autres niveaux. Je pense notamment aux partis politiques et aux villes qui utilisent des logiciels en Espagne et ailleurs. Pourquoi est-ce que des parties qui se disent démocratiques n’useraient pas de ce genre d’outil? Pourquoi ne pas pousser pour que nos associations (étudiante, professionnelle, etc), nos coopératives (comme Desjardins) ou même les projets radicalement web comme Impak Finance s’en inspirent?