Cryptotoute

Voilà un billet qui se veut une série d’interrogations plutôt que la défense d’une thèse. Je ne prendrai donc pas position, car je n’ai sur ce sujet, pas encore d’idées claires. Je suis en fait encore travailler par les concepts, enthousiasmé par les idées, mais aussi grugé par le scepticisme. C’est, pourrais-je dire, un premier pas.

Comme vous le savez sans doute à suivre ce blogue, je suis fasciné par les questions de justice, de liberté et de design institutionnel. Cela implique une curiosité concernant les tendances en terme de transformation sociale, mais aussi dans les entreprises et dans l’économie. Dans le dernier billet, je parlais de la nécessaire créativité concernant les formes d’entreprise. Dans ce présent billet, j’aimerais parler un peu plus de certaines transformations de nature technologiques qui, selon plusieurs, auraient le potentiel de transformer radicalement la société, l’économie et les entreprises : la technologie blockchain.

Wikipedia nous offre une présentation succinte, mais claire de la technologie :

« La chaîne de blocs (en anglais blockchain) est une base de données distribuée transparente1, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle2.
Par extension, une chaîne de blocs est une base de données distribuée qui gère une liste d’enregistrements protégés contre la falsification ou la modification par les nœuds de stockage. Une blockchain est donc un registre distribué et sécurisé de toutes les transactions effectuées depuis le démarrage du système réparti. »

Il y a un enthousiasme magnétique autour de tout ce qui touche cette technologie et on lui prête toutes les vertus. En fait, une courte recherche sur le thème est suffisante pour voir tous l’enthousiasme que crée cette technologie. Il n’y a pas une semaine sans qu’un article ne paraisse sur le potentiel révolutionnaire de cette technologie, que ce soit dans le monde financier que gouvernemental ou même juridique. Le coeur de cet engouement est dans la capacité de cet outil à distribuer le pouvoir, à décentraliser. Ce n’est donc pas simplement une base de donnée distribuée, mais un outil permettant de favoriser la confiance même dans un environnement où les acteurs sont égoïstes. Autrement dit, « le blockchain est un mécanisme de concensus cryptographique » . Un article de Nature à propos de cette technologie va même jusqu’à affirmer que cette technologie peut rendre inutile les institutions dont le rôle est de réguler les échanges comme les banques ou les États. Beaucoup d’articles ont été écris sur les divers promesses de cette technologie concernant la simplification des transactions, la plus grande sécurité, etc. Ce n’est pas l’angle qui excite le plus ma curiosité. C’est plutôt la fascination qu’ont plusieurs acteurs du changement social pour cette technologie. On peut penser notamment aux libertariens qui sont fasciné par la capacité que promet cette technologie de contourner les États et les grandes institutions ou les environementalistes qui défendent l’idée que c’est par la cryptogouvernance que nous pourrions en arriver à nous protéger contre le désastre environnemental . Puis, encore plus précisément, les groupes qui croient que c’est la les crytomonnaies qu’il serait possible de favoriser l’émergeance d’une meilleure société et de meilleures institutions.

La cryptomonnaie

J’ai parlé dans un billet précédent du projet de nouvelle cryptomonnaie d’Impak Finance qui s’inscrit clairement dans ce mouvement : l’impak Coin, mais il y a aussi d’autres initiatives comme le FairCoin.
L’idée fondamentale de ces nouvelles monnaies virtuelles est d’utiliser le pouvoir décentralisateur de la blockchain pour contourner les intermédiaires (dans ce cas-ci, les banques et autres institutions financières) et diminuer les frais. Les deux projets se structurent au sein d’un écosystème que la monnaie entend fédérer et organiser. L’un dans l’économie d’impact, l’autre dans un projet coopératif, les deux groupes entendent utiliser le pouvoir de la monnaie pour transformer les rapports entre les individus et se détacher des institutions traditionnelles. Impack Finance développe de manière prudente et intelligente son projet et semble être sensible aux problèmes évidents que peut avoir l’utilisation d’une cryptomonnaie comme la spéculation et la variation de la valeur. Ils ont par exemple décidé de donner le pouvoir sur la monnaie à une fondation qui aura pour mandat de gouverner tout ce qui entoure la monnaie (c’est aussi le cas pour FairCoin). Le résultat est une monnaie moins décentralisée, mais qui gardera peut-être plus clairement en vue sa mission fondamentale, même si j’ai des doutes qu’elle pourra contenir la spéculation et que sa gouvernance sera réellement démocratique (mais j’espère être convaincu du contraire).

Je dois avouer être séduit par l’ambition et l’originalité des projets, mais je me demandes toujours comment est-ce qu’une monnaie peut participer à lutter contre des problèmes fondamentaux comme les inégalités que ce soit de pouvoir ou de richesse. Comment une monnaie peut-elle s’attaquer à un problème comme ceux-là? En limitant certaines utilisation de la monnaie dans le code comme l’accumulation infinie? Ne serais-ce pas simplement créer une incitatif à la consommation ou au transfert de valeur? Autrement dit, je n’arrive pas à voir le potentiel qui transformerait radicalement les sources profondes des problèmes de nos sociétés.

C’est ce genre de question que je pose aussi à une autre utilisation de la technologie blockchain qui dépasse la monnaie et qui est un peu moins avancé que la cryptomonnaie : la cryptogouvernance, c’est-à-dire la gouvernance dans le blockchain.

La cryptogouvernance ou cryptodémocratie

Cette volonté de révolutionner les institutions est quelque chose qu’ont en commun plusieurs projets. Ils ont tous en commun l’ambition de contourner les intermédiaires, mais contrairement à l’Impak Coin qui ne vise qu’à contourner les institutions financières, d’autres projets veulent se distancer des institutions publiques en général puis les refonder par la blockchain. Dans ce domaine, les initiatives sont aussi très nombreuses et toujours prise en étaux entre une inspiration libertarienne critique de l’État et des grandes institutions et un projet de structuration des initiatives individuelles. J’ai déjà parlé d’un des projets qui me fascinait le plus mêlant outil démocratique et blockchain : Democracy Earth, mais il y en a plusieurs autres. Surtout, il y a des projets qui ne semblent pas voir l’impact déstabilisateur que peuvent avoir ces technologies sur les rapports de pouvoir dans nos société. Certes, Democracy Earth entend redonner le pouvoir aux citoyens, mais la solution qu’il offre, la démocratie délégative, pose de nombreux problèmes aussi. Les projets que je vais énumérer au prochain paragraphes ont chacun leurs lot de risque. Malgré les avantages qu’ils proposent, j’ai peur que dans la balance, l’enthousiasme pour le changement (pour le changement) pèse un peu trop fort.

En voici un petit florilège que je vais adapter à chaque découverte.

Ces projets ont tous en commun l’ambition de transformer la manière dont les institutions fonctionnent. Que ce soit le système juridique avec Crowdjury qui entend utiliser la blockchain pour « démocratiser » le processus juridique et permettre à des citoyens de prendre part au processus juridique. « What could go wrong? » est ma réaction pleine d’ironie à ce projet, surtout lorsque je lis l’expression « self-selected experts ».
Que ce soit sinon tout ce qui implique des contrats avec Borderless. Ce dernier offre même la possibilité de se marier dans la chaine de bloc. Il y a aussi la démocratie actionnariale avec Aragon et ainsi de suite.

Pour en savoir plus sur la cryptomonnaie : un article qui présente une typologie des cryptomonnaies.

Bibliographie