Le succès d’Impak Finance

Je crois qu’il faut se réjouir du succès récent d’Impak Finance, la nouvelle entreprise qui s’est lancé le défi de rendre plus aisément disponible l’investissement d’impact au Québec et au Canada. À peine 48 heures après le lancement de leur campagne de sociofinancement, l’organisation a réussi à lever plus d’un demi-million de dollars. C’est un signe encourageant. Il est encore possible de participer. L’objectif fixé d’ici la fin de l’année est de 5 millions de dollars. Un montant qui servira à la fois comme salaire aux fondateurs et à développer les outils informatiques nécessaires à leur projet. Il faut dire que le travail qu’ils ont fait est impressionnant. Fonder une institution financière n’est pas comme mettre sur pied un café de quartier, c’est un projet d’une autre envergure.

On se rappellera, comme j’ai dit dans un autre billet, qu’Impak Finance a comme objectif de faire la finance autrement. Pour ce faire, en s’inspirant d’autres banques de ce genre dans le monde, ils veulent offrir une plus grande transparence en ce qui concerne l’épargne de leurs clients en plus des autres caractéristiques classiques des institutions financières dites « sociales » : comme les prêts favorisant l’environnement, etc. L’idée sous-tendue par cette transparence est de rendre claire la direction que prend l’investissement de chaque personne. L’idée de rendre plus transparent le déplacement de l’argent dans le système financier est à la fois intéressant parce qu’il éduque, que parce qu’il rend l’institution plus responsable.

Il reste néanmoins plusieurs questions en suspend qui mériteraient des réponses, même si ce n’est pas urgent. Notamment concernant la forme de l’entreprise, sa « gouvernance ». Comment s’assurer que l’organisation reste le plus près de ses nobles valeurs et de son ambitieuse mission? Comment s’assurer que l’organisation, après sa croissance, ne s’éloigne pas de ses valeurs en rejoignant d’une certaine manière la finance traditionnelle? Ce n’est certainement pas un défi insurmontable que je pose ici. Déjà, faut-il dire, Impak Finance propose des pistes : une fondation propriétaire des droits de contrôle des actionnaires, comme le fait son modèle Triodos. Or, il me semble que c’est une esquive plutôt qu’une réponse au problème. Qui sélectionnera les dirigeants de la fondation? Comment balancer les différents intérêts dans l’organisation? Transférer la responsabilité à une fondation a l’avantage d’aplanir le contrôle des actionnaires, mais ne règle pas les questions soulevés par la gouvernance de l’organisation. Cela dit, c’est une très bonne piste à explorer! Pour cela et bien d’autres raisons, bravo à Impak Finance et bonne suite!