Célébration républicaine du marché

Dans un précédent billet, je présentais la critique républicaine du capitalisme, par Stuart White. Aujourd’hui, je propose une lecture (critique) d’un article qui se positionne plus favorablement en faveur du capitalisme et de son institution centrale : le marché compétitif. Dans son article « Market Freedom as Antipower », Robert S. Taylor propose une défense solide du républicanisme commercial, c’est-à-dire le courant du républicanisme qui considère le marché comme étant une institution pouvant participer efficacement à la lutte contre la domination et en fait découler la nécessité de politiques économiques près du modèle scandinave. Le républicanisme commercial est une forme du républicanisme qui s’est développée en opposition à l’idée selon laquelle le commerce et les échanges, par l’incertitude et le risque qui leur étaient consubstantiels, étaient antinomiques à la liberté. Ce républicanisme agraire supposait de son côté la sécurité provenant d’une propriété productive, souvent agraire, qui permettait l’autonomie et la subsistance. Le conflit de ses deux formes de républicanisme est central dans l’élaboration de la réflexion sur la liberté moderne[1].

Alors que dit Taylor dans son texte? Son projet est premièrement de « célébrer » le républicanisme commercial, plus précisément l’institution du marché compétitif comme institution capable de libérer les individus de certaines formes de domination qu’ils peuvent expérimenter. Lesquelles? Celles que peuvent expérimenter les individus sur le marché du travail, notamment ceux pris dans un marché monopolistique, oligopolistique ou monopsonistique. Les exemples que Taylor mobilisent ne sont pas toujours convaincant, mais ont le mérite de soulever les problèmes des relations de pouvoir dans ce marché.

Son exemple central es la situation de monopsone (une situation symétrique à un monopole) dans le marché du travail. Cette situation problématique, souvent considérée comme un exemple de domination de marché peut nous permettre de penser plus clairement les avantages du marché. On n’a qu’à imaginer la domination d’une entreprise qui se retrouve à être la seule à demander de la main-d’oeuvre alors que toute une population de travailleurs est disponible et motivée. Cette situation représente pour Taylor la forme la plus troublante de pouvoir de marché (market power) et incarne l’opposé d’un marché parfaitement compétitif (tout comme le serait le monopole). C’est ce marché parfaitement compétitif qui, pour lui, représente le remède parfait à la domination. Le rôle des États est donc de construire et de favoriser ces marchés parfaitement compétitifs, car ils permettent de faire disparaitre toute inégalité de pouvoir entre les agents. Il suffirait alors de développer des politiques favorable à cette compétitivité pour favoriser la liberté. Conséquemment, les politiques qui nuisent à cette compétitivité favorise la domination. Pour Taylor, la compétition de marché permet de limiter et même d’éradiquer le pouvoir dans le cadre du marché .

Par exemple, Taylor critique assez durement les politiques favorables aux syndicats. Pour lui, jouer le pouvoir contre le pouvoir est une recette idéal pour créer de la domination. Dans certains marché, les syndicats peuvent être utiles ponctuellement, mais le résultat est toujours une plus grande instabilité et une plus grande domination pouvant apparaitre de la part ou des employeurs ou du syndicats.

Remarques critiques
Quoi qu’il semble évident qu’à la fois la taille des syndicats peut être source de domination et que la diversité des types de marchés devrait militer pour une variété dans la forme des syndicats, les remarques critiques de Taylor s’efforcent pas particulièrement d’approfondir la diversité réelle des syndicats. En effet, malgré l’intérêt déclaré de Taylor pour les politiques scandinaves, il ne semble pas vraiment voir que le système qu’il favorise est caractérisé par une très forte syndicalisation. Il est peut-être possible de réconcillier Taylor avec avec le syndicalisme en tournant détournant sa critique du syndicalisme en général à la forme particulière de syndicats aux États-Unis et et lui faisant défendre le syndicalisme à la scandinave.

Mais la plus grande faiblesse du texte de Taylor, à mon avis, réside dans le sous-développement de ses idées sur ce qu’il appelle « le marché compétitif ». En effet, Taylor ne développe que très peu les nuances de celui-ci et semble supposer que son lecteur partage déjà tout un lot d’argument en faveur de ceux-ci. Taylor développe d’un côté un argumentaire nuancé et solide contre les situations de monopole et de monopsone, mais n’use pas de la même force argumentative quand il convient de parler du marché compétitif. Il n’est pas clair qu’il soit possible que tous les marchés soient compétitifs. La compétitivité des marchés est aussi quelque chose d’évanescent qui peut disparaitre et revenir ponctuellement. Il aurait été pertinent de voir Taylor entrer en dialogue avec les débats historiques présentés dans The Invention of Market Freedom de MacGilvray. Peut-être verrons-nous ce débat dans son livre à paraitre (et que j’ai hâte de lire) qui entend étendre sa réflexion sur les marchés d’une perspective républicaine : Exit Left .

Je suis aussi curieux de lire et de bien comprendre son article Illiberal socialism où il cherche à prouver l’incompatibilité du libéralisme à la forme la modérée de socialisme , ce qu’il appelle le socialisme de marché associatif (associational market socialism). Il s’agit d’un article où il critique autant Rawls que G. A. Cohen (le grand philosophe égalitariste montréalais).

Bibliographie

Pour plus de détail

  1. [1]Bernard dans un bref billet historique sur Geoff Kennedy. Il présente un exemple des dilemmes et des paradoxes qui occupe les débats entre les républicains commerciaux et les républicains agraires.

Un républicain à la caisse de Kildare (suite)

La perspective républicaine
Suivant mon précédent billet sur l’affaire Kildare, j’ai évoqué que je l’interpréterais d’un point de vue républicain. L’objet de ce billet est donc de présenter les réflexions d’un républicain sur cette affaire. En d’autres mots : que dirait un républicain sur l’affaire de la caisse de Kildare? En bref : il applaudirait l’initiative citoyenne et chercherait à réformer les structures de Desjardins pour les rendre réellement démocratiques.

Premièrement, il saluerait l’initiative des membres contestataires. Il reconnaîtrait sans doute dans un premier temps le sentiment d’insatisfaction exprimé par les membres de la caisse de Kildare face aux décisions prises par le conseil d’administration et applaudirait les moyens démocratiques pris par les membres. Le républicanisme, notamment celui de Pettit, prenant la forme d’une démocratie de contestation, fait de cette pratique une arme importante de son arsenal politique. Un républicain verrait donc, dans d’absence de moyen efficace de contestation des décisions que les membres subissent, une forme importante de domination. Cette dernière apparaît d’autant plus flagrante que dans ce cas, le C.A. de la caisse avait l’aide et le support du Mouvement Desjardins. Aucun dispositif pouvant permettre aux membres insatisfaits de se faire entendre de manière efficace n’était disponible. Même l’assemble générale extraordinaire, outil mobilisé par les membres contestataires, n’a clairement pas joué le rôle d’espace de délibération et d’expression et de contestation des décisions qui aurait dû lui être dévolu. Sa structure et son fonctionnement n’ont que très difficilement permis une petite dose d’expression. Comme le dit Martin Malo, il est difficile de se mobiliser quand on a un emploi, une famille et peu de temps. En théorie, Desjardins possède des institutions démocratiques, mais celles-ci sont inefficaces au sens où elles ne permettent pas efficacement aux membres de se faire entendre. M. Désautels, représentant de la très haute direction du Mouvement, défend la démocratie de Desjardins, comme je l’ai indiqué dans le précédent billet, en ne faisant référence qu’à la légitimité du conseil d’administration et à la capacité prétendue de celui-ci à refléter les intérêts des membres. Cette conception qui reproduit les régimes représentatif comporte des inconvénient. Comme l’a montré Bernard Manin, l’élection contient un principe aristocratique qui est, pour le moins, problématique. Est-ce qu’un système ou quelques élus peu redevables tentent de réaliser les intérêts imaginés d’une vaste majorité sans que ceux-ci ait formellement des outils de contestation peut vraiment être décrit comme démocratique? La question soulève des enjeux légitimes et il y a un besoin de les approfondir, notamment la place de l’expertise dans les démocratie. Cependant, pour représenter convenablement les intérêts des membres, il est nécessaire d’avoir une conception plus profonde de la démocratie. C’est pourquoi, un républicain favoriserait une conception plus profonde de la démocratie. Le membre d’une caisse ne doit pas être libre qu’une fois à chaque élection, mais bien être doté d’outils capables de faire en sorte qu’il soit entendu à tout moment.

Dans un deuxième temps, il comprendrait dans les raisons l’échec de la tentative de l’Action Coalition pour notre Caisse Desjardins (ACCD) dans les obstacles nombreux que Martin Malo et Marc-André Houle ont affrontés un deni institutionnel de cette contestation. Comme je l’ai présenté dans le précédent billet, l’ensemble de la querelle a tourné autour du blocage qu’ont subit les citoyens lors de leur tentative d’expression. Ce n’est pas que leur proposition a échoué, mais que le processus qui a causé ce résultat fut paralysé par des obstacles institutionnels non démocratiques. En effet, l’article de M. Houle ne portait pas sur l’enjeu de la fermeture des points de service, mais bien sûr la difficulté que lui et ses collègues ont eue à exprimer leurs idées, à contester les décisions du conseil d’administration. Un républicain peut que partager la frustration causée par cette triste affaire.

Dans un troisième temps, il se questionnerait sur la représentativité des élus du conseil d’administration et sur leur rapport avec les membres de la caisse. Pourquoi n’ont-ils pas, en amont des décisions controversées de fermeture de points de service, consulté les membres, exposé les avantages de ce choix? Ils ont, certes, une légitimité démocratique venant de leur élection, mais cela n’est pas suffisant pour légitimer une décision. Pour un républicain, la légitimité émerge de plusieurs autres sources dont la contestation. L’élection n’est clairement la source unique et nécessaire du républicanisme. Philip Pettit a même quelques résistances face à l’élection. Il préfère dépolitiser certains lieux de pouvoir pour l’immuniser contre les aléas de l’élection. D’autres préfèrent réfléchir à d’autres modes de sélection des dirigeants, comme par exemple le tirage au sort . L’élection est un moyen légitime et démocratique de donner une légitimité aux représentants (quoi qu’il y a d’autres modes qui le seraient peut-être plus, voir les billets Bernard sur le sujet (1) (2)), mais ce n’est pas le seul. Un républicain se poserait plutôt la question à savoir si l’élection est vraiment efficace pour représenter les intérêts des membres. Surtout en voyant le peu de participation aux assemblées générales électives.

Dans un quatrième temps, un républicain verrait dans l’effort déployé par les membres de l’ACCD une forme de patriotisme qu’il ne pourrait que saluer. Qui montre autant de passion pour les actions d’une autre banque? Est-ce qu’il y a eu une mobilisation aussi notable après les révélations troublantes des liens douteux qu’entretiennent les grandes banques canadiennes suite à la publication des recherches d’Alain Deneault ? Non. Il n’y a pas d’associations de membres aussi mobilisées que chez Desjardins, motivé par la défense des valeurs qui sont les leurs. Desjardins permet cette mobilisation, mais il faut aussi reconnaître que celle-ci est fondamentale à la survie de l’esprit coopératif. Il est impératif que Desjardins accepte que le coopératisme ne puisse survivre longtemps en l’absence de vertus civiques, c’est-à-dire des traits de caractère permettant à l’organisation de survivre. Si le réseau des caisses décourage le type d’engagement que les membres de l’ACCD ont déployé, alors on peut se demander comment subsistera l’idéal démocratique du Mouvement. Inversement, il est raisonnable d’imaginer que la démocratie de Desjardins, si elle était structurée de manière efficace, pourrait participer à l’éducation démocratique au Québec et permettre le développement des vertus nécessaire à la survie de la démocratie politique (elle-même particulièrement en danger).

Les réformes institutionnelles
Plusieurs réformes institutionnelles seraient nécessaires pour réellement démocratiser Desjardins. Nous en avons déjà évoqué quelques-unes, mais résumons :
– Donner aux membres des outils institutionnels efficaces pour contester les décisions. Conséquemment, il est aussi nécessaire de prémunir les membres contre une forme de coalition du conseil d’administration et du Mouvement Desjardins lui-même contre eux.
– Rendre réellement démocratique le processus électoral en réformant les processus de sélection des dirigeants.

Conclusion

Le cas de cette querelle à la caisse de Kildare, par son exemplarité, permet de réfléchir sur la démocratie au coeur de Desjardins. Il permet aussi de montrer que Desjardins a le potentiel, contrairement aux entreprises privées traditionnelles, d’être réellement démocratique, mais que, pour le moment, elle n’atteint pas encore ni dans la pratique, ni dans la théorie, les idéaux exigeants d’une réelle démocratie. Si on veut voir Desjardins comme une institution démocratique, il faut aussi comprendre qu’en son sein s’opposeront des conceptions différentes des moyens et des fins que doit poursuivre la caisse. C’est le propre de la démocratie que de permettre la diversité des opinions de s’exprimer dans une structure.

C’est pourquoi un républicain, au sens où nous l’avons décrit dans ce blogue, serait plutôt préoccupé par les procédures démocratiques déficientes que par le résultat de cette affaire à Kildare. Cependant, il ne faudrait pas non plus aller jusqu’à dire que l’échec de la tentative de destitution par les individus est la preuve indubitable qu’il n’y a pas de démocratie chez Desjardins. Il faudrait plutôt dire que l’âme de Desjardins est encore démocratique et coopérative, mais qu’elle est prise dans un carcan corrompu qui, comme dans les cas de nos États, a besoin d’un peu de recherche et de renouvellement pour vraiment se rapprocher des idéaux qu’elle prétend incarner (un peu comme je dis dans mon article du Devoir).

D’autres enjeux restent cependant en suspend tel que le coût de la démocratie, la forme qu’elle doit prendre, les structures de la fédération, etc. Ce sont des questions fascinantes et importantes que nous discuterons une autre fois.

Bibliographe

La critique républicaine du capitalisme

Dans un article de 2011, intitulé The Republican Critique of Capitalism Stuart White, chercheur à l’Université d’Oxford, présente une critique du capitalisme toute particulière. L’apport original de l’article ne tient pas au sujet lui-même (la littérature déborde depuis longtemps de critiques du capitalisme), mais bien parce qu’il tente d’approfondir un courant philosophique particulier qui n’a pas (encore?) profondément abordé la question économique : le républicanisme.

L’intérêt de cet article réside dans la critique du capitalisme venant d’une théorie principalement concernée par la liberté politique et les institutions permettant de la défendre. L’article s’inscrit dans le projet plus général de développer une théorie républicaine de l’économie. Un projet qui m’intéresse et qui occupera sans doute plusieurs billets de ce blogue.

White aborde donc ce projet en se posant deux questions :

  • Qu’est-ce que le républicanisme?
  • Qu’a-t-il à dire sur le capitalisme?

White ne se concentre pas trop longtemps sur la première question. Il propose, pour contourner les multiples écueils que présente la recherche de la meilleure position républicaine, une position républicaine qu’il décrit comme « œcuménique » rassemblant l’ensemble de ce qu’il considère être les éléments constitutifs de la pensée républicaine. Ce consensus serait, pour lui, la conjonction des idées suivantes : la souveraineté populaire, le bien commun, la délibération, la liberté et la participation. Il serait possible de discuter chacun de ces points ou de les hiérarchiser de manière à en prioriser l’un par rapport à l’autre (par exemple, je crois que la liberté est plus centrale au républicanisme que les autres éléments…), mais ce n’est pas là son projet. Il va plutôt utiliser ces éléments pour construire l’essentiel des critiques que le républicanisme peut selon lui adresser au capitalisme.

Cela dit, pour critiquer le capitalisme, il est nécessaire d’en offrir une définition conséquente. Il définit le capitalisme comme un système économique qui a trois éléments clefs dont : 1) une allocation des ressources visant des fins diverses organisées par les marchés; 2) des ressources productives et des investissements qui sont possédés de manière privée (cela défendue par l’institution de la propriété privée); et (3) l’existence substantielle d’inégalités dans la propriété des ressources productives .

Selon lui, le républicanisme lance trois principales critiques au capitalisme tel que présenté. La première est la critique distributionnelle (distributional critique), la seconde est la critique des investissements (control of investment critique) et finalement la critique de la participation (participation critique). Prenons quelques lignes pour les explorer.

La critique distributionnelle
Cette critique républicaine du capitalisme réside dans l’idée que l’inégalité de richesse (de stock de capitaux) dans le capitalisme (point 3) menace la liberté. Cette inégale distribution a pour conséquence la création d’une inégalité de pouvoir de négociation. Les individus les moins favorisés par la distribution sont conséquemment plus vulnérables à l’arbitraire de ceux qui sont favorisés par cette même distribution. On peut donc clairement voir pourquoi, d’un point de vue républicain, le problème de la distribution dans le capitalisme pose problème.

La politique capable selon lui de répondre à cette critique tout en étant cohérente avec le républicanisme prend la forme d’un revenu de base. Ce serait la base nécessaire de l’autonomie, le critère central de la liberté républicaine et sa condition pour la participation citoyenne, nécessaire à la liberté républicaine telle que définie par White. Je prendrai la peine d’entrer plus en détail dans les débats entourant cette proposition, car il n’est pas évident, même s’il est tentant, de dire que le républicanisme défend le revenu de base. En effet, pour certains autres républicains, non seulement faut-il, pour répondre aux critères républicains, redistribuer la richesse et égaliser les conditions, mais il est aussi nécessaire de démocratiser le contrôle des institutions économiques. Cette position est claire dans la critique républicaine du revenu de base qui s’est élaborée face au Alaska Dividend Fund .

La critique du contrôle des investissement
Cette critique s’inscrit dans la même ligne argumentative que la précédente. En effet, la distribution inégale des richesses a pour conséquence de créer une inégalité dans le pouvoir qu’ont les agents à contrôler le flux des investissements (l’allocation des surplus de la production). Ce flux fondamental au fonctionnement des sociétés capitalistes est porteur d’une domination potentielle importante. Or, il faut noter que cette critique se distingue (est indépendante) de la première, car il est possible que la distribution des richesses soit profondément égalitaire, mais que le problème du contrôle des investissements se pose toujours . Comment?

Le contrôle de l’investissement pose problème non seulement parce qu’il donne à un individu ou un groupe le pouvoir d’affecter arbitrairement la vie des autres, mais aussi parce que les individus ou les groupes (incluant même l’État) doivent souvent accepter de se soumettre à la volonté des investisseurs pour acquérir ce dont ils ont besoin (on n’a qu’à penser à l’enjeu de la compétition fiscale). Or, cet arbitraire ne disparaît pas si ce choix est fait par un grand nombre de petits propriétaires dans un contexte égalitaire. Cet arbitraire ne disparaît que si la décision de l’investissement passe par un processus délibératif qui annule l’arbitraire de la décision, comme c’est le cas pour les politiques publiques pour la domination venant de l’État (imperium).

L’idée de démocratiser la finance au sens de soumettre les choix d’investissement à un processus démocratique (et non au sens de le rendre plus accessible) que White présente est très semblable à l’idée développée par Tom Malleson dans son récent livre After Occupy .

Le problème est donc que la décision concernant l’investissement :
1. contraint les décisions politiques
2. n’est pas basé sur les normes de bien public

Pour « libérer » les décisions politiques et les refonder sur les normes du bien public, les républicains, selon White, réfèrent à la participation comme solution. Or, la troisième critique républicaine du capitalisme porte directement sur cet enjeu.

La critique de la participation
Cette critique est à son tour la conséquence des précédents éléments. Elle se base sur l’idée que la disproportion de la distribution de la richesse et l’asymétrie des rapports de pouvoir que cela engendre place les individus dans des positions de vulnérabilité qui démotive à la participation pleine et entière dans les affaires politiques. Que ce soit la vulnérabilité économique causée par le manque de ressources qui pousse un employé à ne pas critiquer son employeur ou, de manière plus rare, mais non moins problématique, la domination d’un employeur qui force un employé à « voter du bon côté » représentent des exemples terribles des maux causés par les structures économiques du capitalisme. White évoque plusieurs études où des employeurs ont usé de leur position sur leurs employés vulnérables pour les forcer à voter dans le même sens qu’eux et d’autres abus de ce genre .

Un autre aspect de cette critique réside dans l’effet psychologique du capitalisme, c’est-à-dire au genre d’individu que forge le capitalisme. Le travail dans des firmes capitalistes aurait un effet négatif sur l’individu. C’est une critique qui remonte loin dans la tradition républicaine. Déjà en antiquité, Cicéron notait que le travail salarié avait un aspect vil qui empêchait l’individu de développer la vertu. L’environnement servile de l’entreprise capitaliste et du salariat empêcherait l’individu de développer le caractère propre au citoyen actif capable d’être à la hauteur de demandes de la participation démocratique. Est-ce qu’un espace de travail coopératif serait meilleur? Sur ce point, White note que la recherche empirique est non concluante et qu’on ne peut pas encore statuer à savoir si l’effet psychologique de la forme de l’entreprise est réel ou non.

Et alors?
Le projet de White était de présenter les moyens que possède la théorie républicaine pour critiquer le capitalisme. Son article atteint cet objectif, mais, comme il l’avoue lui-même en introduction, ne cherche pas à analyser les implications pratiques en termes d’institution ou de politique du républicanisme en économie, mais bien de montrer ce que le républicanisme pourrait dire dans ce domaine (un peu comme a tenté de le faire un article de Richard Dagger publié quelques années avant ). C’est pourquoi il utilise de nombreux exemples historiques. Il veut montrer que c’est une critique qui a été vivante dans l’histoire du républicanisme. Le travail de réflexion en termes de concret et pratique, dans des institutions, reste encore à faire pour réaliser les idéaux républicains dans le monde économique et répondre à ses défis.

Bibliographie


Autres lectures (pour vous et moi)